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[ Small Business Act Européen ]
Avec la contribution du groupe d’experts suivant
Bénédicte Brouard, Associée – Mercator
Philippe Carli, Président Directeur Général – Siemens France
Olivier de Conihout, Directeur Général Fondateur – L’Espace Dirigeants
Pierre Cuny, Président Directeur Général – Scripto
Olivier Dambricourt, Directeur de Projet - Direction de la stratégie—RHODIA
François Decaux, Consultant – FDC
Jean-Claude Gruffat, Country Officer – Citi Group
Alexandre Medvedowsky, Président – ESL&Network
Philippe Robardey, Président Directeur Général – Sogeclair
Frédéric Dumas, Directeur Commercial – CapGemini
Emmanuel Le Prince, Président fondateur – Comité Richelieu
Michel Zarka, Managing Director – Oliver Wyman Delta
SMALL BUSINESS ACT - Les propositions du CEPS
Pour mémoire, suite à la communication « Think Small First: Priorité
aux PME, un Small Business Act pour l’Europe », publiée le 25 juin 2008
par la Commission européenne, les Ministres européens de la
Compétitivité ont annoncé les 25 et 26 septembre dernier leur intention
d’adopter le Small Business Act lors du sommet européen du mois
décembre. Le texte devra être examiné par le Parlement avant les
élections européennes de juin 2009.
Bien que 99 % des entreprises de l'UE soient des PME (c'est-à-dire des
entreprises comptant au plus 250 salariés et réalisant un chiffre
d'affaires maximal de 50 millions d'euros), la plupart des textes
législatifs et des procédures administratives n'établissent pas de
distinction en fonction de la taille des entreprises. Il en résulte que
23 millions de PME doivent souvent répondre aux mêmes exigences
administratives que les 41 000 grandes entreprises européennes. Au
cours des dernières années, les PME ont créé 80 % des nouveaux emplois
dans l'UE. Elles méritent donc d’être mieux soutenues, afin de pouvoir
libérer leur potentiel pour une croissance durable à long terme et pour
la création d'emplois plus nombreux.
Il s’agit donc pour l’Union Européenne et ses Etats Membres de mettre
en place un cadre stratégique global favorable aux PME, dans une
logique similaire aux décisions récemment annoncées par le Groupe de la
Banque européenne d'investissement de simplifier, moderniser et
diversifier la panoplie de ses instruments d'aide aux PME.
A cet égard, la Commission Européenne propose de nouvelles mesures
législatives, dans le but de simplifier les procédures et réduire les
coûts auxquels elles sont confrontées tout au long de leur vie, inciter
à la création des PME et en favoriser le développement, renforcer leur
rôle au sein des marchés publics de l’Union Européenne.
Dans l’esprit de la proposition de Small Business Act (SBA) de la
Commission Européenne, le CEPS et ses membres ont souhaité se mobiliser
afin de voir reconnaître et renforcer le rôle des PME au sein de
l’espace économique européen et, plus largement, celui des
entrepreneurs et de la prise de risques.
Le SBA pourrait s’appuyer sur 6 principes directeurs :
1. Accroître l’esprit d’entreprenariat
2. Encourager l’innovation
3. Faciliter pour les PME innovantes l’accès aux donneurs d’ordre
4. Favoriser l’accès au financement
5. Faciliter l’accès aux marchés publics
6. Redéfinir les liens entre grandes et petites entreprises
Dans un souci d’efficacité, il convient de donner au SBA européen un
statut juridique sous forme de directives transposables dans les
législations nationales.
Partant du principe que la rapidité d’action et la différence de
traitement à l’égard des grandes entreprises sont vitales pour une PME,
le CEPS émet les propositions – non exhaustives – suivantes :
1. Accroître l’esprit et l’attrait de l’entreprenariat en Europe
Promouvoir tous les aspects de l’entreprenariat dans les filières
générales de l’enseignement secondaire et supérieur, et non pas
uniquement auprès des filières économiques.
Mettre en place une directive européenne créant un cursus minimal sur
les aspects de l’entreprise et de l’entreprenariat dès l’entrée à
l’université et tout au long des parcours universitaires.
Mettre un terme à la « dictature » du principe de précaution.
Abandonner le principe du « risque zéro », qui est incompatible avec l’esprit d’entreprenariat.
Permettre l’embauche sous forme de contrats de mission à toutes les PME
(permettre à toutes les entreprises de moins de 10 salariés, détenues
majoritairement par des actionnaires personnes physiques, d’avoir un
ratio 2/3 contrats de mission, 1/3 contrats à durée déterminée, de 10 à
50 salariés (50/50), de 50 à 300 salariés (1/3, 2/3)) ou, plus
radicalement, généraliser la possibilité de payer en honoraires sans
recourir à un contrat de travail obligatoire.
Revoir la législation sur la « faillite individuelle », notamment pour ceux qui auront créé une entreprise.
2. Encourager l’innovation:
Force est de constater que les innovations radicales sont plus souvent
développées par de jeunes entreprises, tandis que les entreprises «
installées » se placent plus souvent dans une logique d'innovation
incrémentale leur permettant d'améliorer un peu l'existant pour
maintenir ou accroître légèrement leur part de marché. A titre
d’illustration, les grands groupes pharmaceutiques se limitent bien
souvent à acheter à vil prix les technologies développées par des
start-up.
Paradoxalement, la plupart des politiques publiques en Europe
favorisent davantage les secteurs, entreprises ou technologies déjà en
place et bien installées au détriment des "nouveaux entrants". Un
système qui limite l'émergence de start-up, leur capacité globale à se
développer et à s'améliorer, notamment en termes de compétitivité. Sur
ce point, la fixation d’un pourcentage de R&D ne favorise pas
forcément une bonne allocation des ressources vers les secteurs et les
technologies d’avenir.
Le SBA se doit donc non seulement de dynamiser les PME existantes, mais
également de favoriser la création et le développement de nouvelles PME
innovantes, futur réservoir d’innovation en Europe:
Protéger l’innovation de la personne morale dans le code du commerce, à l’instar de la personne dans le code du travail
Garantir aux "jeunes" entreprises un accès préférentiel aux programmes et aux financements de R&D
Instituer un brevet communautaire (rapide dans ses procédures
décisionnelles, d'un coût raisonnable, de bonne qualité en terme de
protection au niveau européen, d’un niveau de sécurité juridique
minimum, moins cher pour les jeunes « pousses »...)
Améliorer l'intégration des marchés européens, encore trop fragmentés
pour les jeunes entreprises (généralement petites et dépourvues de
nombreux moyens juridiques...) et leur proposer une aide juridique
Mettre en place des plateformes d'échange technologiques (sorte de
"exchange market" via internet) à l'échelle de l’Union Européenne, pour
favoriser le rapprochement entre innovateurs et entrepreneurs
Multiplier les appels à projets européens sur les défis de demain, en favorisant l'accès aux jeunes PME
Améliorer le traitement comptable des dépenses de R&D, afin
qu’elles soient valorisées à l’actif du bilan à leur valeur « réelle »,
après validation du commissaire aux comptes.
3. Faciliter pour les PME innovantes l’accès aux donneurs d’ordre :
Présentant par définition une rupture technologique, il est
malheureusement patent que les entreprises innovantes n’ont pas
précisément d’ « historique clients ». En conséquence, elles peuvent
inquiéter les responsables décisionnaires à un niveau hiérarchique
intermédiaire, qui craignent de se voir reprocher une solution neuve
(et donc à risque) face à une solution éprouvée, même si moins
performante.
Le SBA a donc également pour mission d’encourager les donneurs d’ordre à accepter des projets innovants:
Récompenser la prise de risque du donneur d’ordre par un label « j’aide
les jeunes entreprises innovantes », afin de renforcer le Pacte PME*.
Ce label pourrait intervenir dans la notation sociale de l’entreprise à
la rubrique ‘relations avec les fournisseurs’, être l’objet d’une
cérémonie européenne annuelle avec remise de prix, figurer sur le
papier à lettre de l’entreprise donneur d’ordre, etc.
Mettre en place un système de garantie pour permettre, en cas d’échec,
une compensation financière et une garantie de continuité du projet.
Pour les sociétés de logiciels, les codes sources seraient alors
déposés auprès de cette garantie.
* Mis en œuvre dans le cadre d’un partenariat entre le Comité
Richelieu et OSEO, le Pacte PME (http://www.pactepme.org/) a pour
objectif de faciliter les relations entre les PME innovantes et les
grands comptes. Il mêle dispositifs d’accompagnement et politique
d’exemplarité, sur la base d’un engagement volontaire à la transparence
pris par les grands comptes qui le souhaitent. Cette approche, non
contraignante, modernise celle du Small Business Act américain tout en
en partageant les objectifs : faire fonctionner la concurrence, dans
l’intérêt de tous, afin de faire tomber les handicaps créés par l’âge
et la taille des PME innovantes.
4. Favoriser l’accès au financement :
Simplifier l’accès à certaines aides (innovation, aides européennes en particulier) et surtout accélérer leur versement.
Supprimer complètement l’IS sur les bénéfices non distribués
pendant les 7 ans consécutifs à la création et sous réserve que les
personnes physiques et les fonds d’investissement dédiés à l’innovation
demeurent majoritaires en droit de vote.
Mettre en place un guichet unique et un prélèvement à la source des cotisations sociales.
Créer un fonds pour garantir les prêts d’honneur, venant « abonder » à
hauteur d’un pourcentage prédéterminé du capital (de 50% par exemple)
apporté par l’entrepreneur ou de ses fonds propres immobilisés. Ces
fonds seraient octroyés et gérés par les banques, à un taux de 1%,
remboursables sur un nombre d’années prédéterminé (10 ou 15 ans in
fine, par exemple).
Faire accepter l’échec aux banques et revoir le système de cotation BCE
du dirigeant en cas de dépôt de bilan non frauduleux de son entreprise.
Obliger les grands donneurs d’ordre (publics et privés) à réduire leurs
délais de paiement, en les plafonnant à 30 jours à compter de la date
de livraison.
Accorder un crédit d’impôt aux entreprises déposant un brevet, d’un
montant équivalent à la totalité des frais de recherche de l’année.
5. Faciliter l’accès aux marchés publics :
Réserver effectivement une part supérieure ou égale à 15% dans les appels d’offres publics aux PME.
Systématiser les autorisations d’avance sur marchés sur des montants
proportionnels aux enjeux (ce qui n’est pas le cas des plafonds
actuels).
Autoriser systématiquement la sous-traitance sur les marchés publics,
sans pénalisation de l’offre, avec règlement direct au sous-traitant,
mais avec la responsabilité juridique de bonne fin conservée à
l’attributaire principal du marché.
Simplifier la procédure des marchés publics, rendre plus transparentes
les attributions et communiquer directement le détail de l’offre
retenue à tous ceux qui se sont donné la peine d’en émettre une.
Eviter que la règle du moins disant soit le critère systématique
d’accès au marché public. Cette règle est en effet basée sur la
recherche du seul profit à court terme, qui se révèle destructrice de
valeur.
Permettre le découpage des offres en lots, pour qu’elles puissent être
accessibles à des entreprises spécialisées de petite taille.
6. Redéfinir les liens avec les grandes entreprises :
Inciter les grandes entreprises à mettre en place des politiques
d’achats plus ouvertes aux PME, et non toujours fondées sur la
réduction du nombre de fournisseurs.
Inciter les grandes entreprises à nouer des partenariats efficients
avec des PME sous-traitantes, sous réserve d’un niveau équilibré des
relations.
Donner force juridique contraignante au Pacte PME (accompagnement des
PME au cours des relations contractuelles avec les grands comptes,
entretien individuel avec la PME pour déterminer les services à lui
apporter, échange entre PME sur les pratiques des grands comptes,
participation à des groupes de réflexion pour élaborer de nouveaux
outils facilitant leurs relations...etc).
En guise de conclusion et pour une action efficace : Faire du SBA un
texte obligatoire d’un point de vue juridique, apportant une base
solide concernant la politique des PME dans les prochaines années.
L’handicap premier du SBA tient en effet à son absence de valeur
contraignante. Il énonce des principes directeurs et invite les Etats
membres et la Commission à prendre des initiatives pour rendre ces
principes effectifs. On sait ô combien les modalités de mise en œuvre
atténuent en général la vigueur de tout grand projet. En la
circonstance, le SBA ne saurait y faire exception.
Réactions et Commentaires:
Réaction du Président de la Commission Européenne, José Manuel BARROSO
