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Etre Européen aujourd'hui?
20Mai 2011

Nous constatons aujourd’hui une déconnexion grandissante entre les peuples et l’Europe. Comment expliquer un tel désintérêt ? Quelles en sont les raisons profondes ? Comment remédier à une telle situation de fait ? Il importe de dresser un constat lucide de la situation pour mieux envisager les mesures et postures nécessaires pour « faire bouger l’Europe ».
Un constat qui impose une réaction
Aussi bien les peuples que les gouvernements nationaux éprouvent des réticences, souvent paradoxales, envers l’évolution de l’Union européenne. L’Europe, de son côté, peine à s’adapter à un environnement changeant et à se rapprocher des citoyens. Autant de défis à relever pour l’UE.
Les peuples européens et l’UE : une relation paradoxale
Les sondages démontrent un éloignement constant et un désintérêt croissant des peuples. Les citoyens peinent à comprendre l’Europe, cette entité complexe, technique et éloignée. Bien que nous constations le poids croissant de l’Europe dans les politiques nationales, les citoyens européens ont le sentiment d’être laissés de côté dans ce processus, sans que leur voix soit suffisamment prise en compte.
Il faut cependant souligner qu’il ne s’agit pas d’hostilité envers l’Europe. Il n’y a pas une fatalité de divorce. Les enquêtes démontrent que les peuples se considèrent le plus souvent tout à la fois citoyens de leur pays et Européens. Il existe également une réelle empathie pour les autres peuples européens en dépit d’une faible connaissance mutuelle. Les populations soutiennent de manière générale l’appartenance de leur pays à l’Union, perçue comme bénéfique. A noter cependant un paradoxe : si le fait d’être membre de l’UE est considéré comme quelque chose de positif pour l’Etat, cela n’est pas le cas pour les individus.
Nous constatons également des divergences au sein des Etats membres : si les populations des pays fondateurs sont de plus en plus réticentes vis-à-vis de l’Europe, dans les pays Baltes en revanche la confiance est plus élevée pour les institutions communautaires que pour le gouvernement national. Dans les « nouveaux » pays membres l’Europe semble être davantage une évidence pour les individus.
Des gouvernements nationaux à la posture ambivalente
Nous constatons également une montée du scepticisme vis-à-vis de l’UE de la part des Etats, qui continuent de privilégier la voie des politiques nationales. Des partis politiques populistes ou nationalistes ont accédé au pouvoir dans plusieurs pays témoignant de cette tendance eurosceptique.
Coresponsables de la législation communautaire, ils n’assument pas entièrement leur responsabilité dans la construction européenne.
Malgré le traité de Lisbonne, l’idée de « parler d’une seule voix » demeure encore un objectif et non une nouvelle réalité. La rhétorique anti-bruxelloise est largement répandue et la solution de facilité pour les gouvernements consiste à rejeter la faute sur Bruxelles, devenu bouc-émissaire. Alors que les sommets devraient être des occasions pour l’Europe de parler d’une seule voix, les gouvernements y défendent avant tout leurs intérêts nationaux : il faut « gagner » un sommet !
Des institutions communautaires en quête de sens
Le constat n’est guère plus positif au sein des institutions communautaires. La Commission est une institution composée d’experts, ce qui signifie que les fonctionnaires européens ne sont là que pour créer des normes et non pour donner une vision. La question essentielle du sens a ainsi déserté l’Europe, devenue gestionnaire.
L’aspect le plus inquiétant dans l’Europe d’aujourd’hui est son déficit démocratique. L’entité qui est à l’origine de 70% des lois nationales n’a pas en réalité une vraie légitimité démocratique.
Bruxelles reste synonyme de bureaucratie et de technocratie aux yeux des peuples. On ne peut pas aimer une bureaucratie. L’UE ne sait pas non plus montrer sa valeur ajoutée et son utilité pour les citoyens. Cet écart entre les objectifs politiques et les résultats devient de plus en plus visible et ébranle la crédibilité de l’Europe (ce dont témoignent les référendums de 2005 en France et aux Pays-Bas). Les divergences entre les politiques nationales et l’absence d’une position commune européenne, comme nous l’avons vu encore récemment dans le cas de la Lybie, ne permet pas non plus de remédier à cette situation.
Pourquoi l’Europe n’arrive pas à rallier les peuples ?
Nous sommes à un tournant dans la construction européenne où les grandes décisions fondamentales doivent être prises. Donc il est normal d’avoir beaucoup d’interrogations tant que cela nous n’empêche pas d’avancer. Quelle voie choisir pour aller vers l’avant ? Cependant, un certain nombre de raisons qui tiennent tant à la nature même de l’UE qu’aux politiques mises en place, compliquent cette tâche.
L’Europe s’est avérée incapable de devenir une construction populaire
L’Europe a été construite par le haut. Pour organiser les élections du Parlement européen en 1979, l’avis des peuples n’a pas été demandé. Mais il est temps de construire une Europe des peuples par les peuples. Aujourd’hui ils ne sont pas parties prenantes au projet européen mais l’adhésion populaire devra être le socle du projet européen de demain.
Aussi bien les peuples que les gouvernements nationaux éprouvent des réticences, souvent paradoxales, envers l’évolution de l’Union européenne. L’Europe, de son côté, peine à s’adapter à un environnement changeant et à se rapprocher des citoyens. Autant de défis à relever pour l’UE.
Les peuples européens et l’UE : une relation paradoxale
Les sondages démontrent un éloignement constant et un désintérêt croissant des peuples. Les citoyens peinent à comprendre l’Europe, cette entité complexe, technique et éloignée. Bien que nous constations le poids croissant de l’Europe dans les politiques nationales, les citoyens européens ont le sentiment d’être laissés de côté dans ce processus, sans que leur voix soit suffisamment prise en compte.
Il faut cependant souligner qu’il ne s’agit pas d’hostilité envers l’Europe. Il n’y a pas une fatalité de divorce. Les enquêtes démontrent que les peuples se considèrent le plus souvent tout à la fois citoyens de leur pays et Européens. Il existe également une réelle empathie pour les autres peuples européens en dépit d’une faible connaissance mutuelle. Les populations soutiennent de manière générale l’appartenance de leur pays à l’Union, perçue comme bénéfique. A noter cependant un paradoxe : si le fait d’être membre de l’UE est considéré comme quelque chose de positif pour l’Etat, cela n’est pas le cas pour les individus.
Nous constatons également des divergences au sein des Etats membres : si les populations des pays fondateurs sont de plus en plus réticentes vis-à-vis de l’Europe, dans les pays Baltes en revanche la confiance est plus élevée pour les institutions communautaires que pour le gouvernement national. Dans les « nouveaux » pays membres l’Europe semble être davantage une évidence pour les individus.
Des gouvernements nationaux à la posture ambivalente
Nous constatons également une montée du scepticisme vis-à-vis de l’UE de la part des Etats, qui continuent de privilégier la voie des politiques nationales. Des partis politiques populistes ou nationalistes ont accédé au pouvoir dans plusieurs pays témoignant de cette tendance eurosceptique.
Coresponsables de la législation communautaire, ils n’assument pas entièrement leur responsabilité dans la construction européenne.
Malgré le traité de Lisbonne, l’idée de « parler d’une seule voix » demeure encore un objectif et non une nouvelle réalité. La rhétorique anti-bruxelloise est largement répandue et la solution de facilité pour les gouvernements consiste à rejeter la faute sur Bruxelles, devenu bouc-émissaire. Alors que les sommets devraient être des occasions pour l’Europe de parler d’une seule voix, les gouvernements y défendent avant tout leurs intérêts nationaux : il faut « gagner » un sommet !
Des institutions communautaires en quête de sens
Le constat n’est guère plus positif au sein des institutions communautaires. La Commission est une institution composée d’experts, ce qui signifie que les fonctionnaires européens ne sont là que pour créer des normes et non pour donner une vision. La question essentielle du sens a ainsi déserté l’Europe, devenue gestionnaire.
L’aspect le plus inquiétant dans l’Europe d’aujourd’hui est son déficit démocratique. L’entité qui est à l’origine de 70% des lois nationales n’a pas en réalité une vraie légitimité démocratique.
Bruxelles reste synonyme de bureaucratie et de technocratie aux yeux des peuples. On ne peut pas aimer une bureaucratie. L’UE ne sait pas non plus montrer sa valeur ajoutée et son utilité pour les citoyens. Cet écart entre les objectifs politiques et les résultats devient de plus en plus visible et ébranle la crédibilité de l’Europe (ce dont témoignent les référendums de 2005 en France et aux Pays-Bas). Les divergences entre les politiques nationales et l’absence d’une position commune européenne, comme nous l’avons vu encore récemment dans le cas de la Lybie, ne permet pas non plus de remédier à cette situation.
Pourquoi l’Europe n’arrive pas à rallier les peuples ?
Nous sommes à un tournant dans la construction européenne où les grandes décisions fondamentales doivent être prises. Donc il est normal d’avoir beaucoup d’interrogations tant que cela nous n’empêche pas d’avancer. Quelle voie choisir pour aller vers l’avant ? Cependant, un certain nombre de raisons qui tiennent tant à la nature même de l’UE qu’aux politiques mises en place, compliquent cette tâche.
L’Europe s’est avérée incapable de devenir une construction populaire
L’Europe a été construite par le haut. Pour organiser les élections du Parlement européen en 1979, l’avis des peuples n’a pas été demandé. Mais il est temps de construire une Europe des peuples par les peuples. Aujourd’hui ils ne sont pas parties prenantes au projet européen mais l’adhésion populaire devra être le socle du projet européen de demain.
Le temps européen n’est pas un temps politique : il faut deux ans pour élaborer une loi européenne. Dans ces conditions il est extrêmement difficile d’avoir un débat démocratique intéressant ou une opinion publique sur ces questions.
L’UE ne s’adresse pas à des citoyens de chair et de sang, émotionnels, ancrés dans la vie quotidienne réelle. Elle construit une citoyenneté fictive et désincarnée qui n’existe que dans ses discours et ses textes. L’Europe et la vie quotidienne des citoyens sont des réalités trop éloignées, il n’existe pas de contacts directs entre les deux. Les sujets européens ne se vendent pas ou peu dans les médias. Une carrière européenne ne fait pas rêver les politiques nationaux. Dans ces conditions, comment les peuples pourraient-ils s’intéresser à l’Europe ?
L’Europe, une vision à construire
Depuis le traité de Rome, la construction européenne est allée probablement beaucoup plus loin que les pères fondateurs auraient pu l’imaginer. C’est un projet unique, sans précédent. Mais l’Europe est aussi victime de son succès : ses grandes réalisations (l’euro, la libre circulation, la paix, etc.) sont considérées comme des acquis. Comment montrer aux peuples que l’Europe a encore quelque chose à leur offrir ? Il est nécessaire de réinventer le projet européen, qui demeure flou, autour de perspectives concrètes.
L’identité est quelque chose de complexe et de multiple. Elle est en même temps européenne, nationale, régionale, locale, etc. L’identité européenne peut être à la fois source de richesse et d’inquiétudes. Comment faire de cette identité un atout positif et rapprocher grâce à cela les populations de l’Europe ?
La majorité des Etats membres sont endettés. L’Europe ne pourra pas devenir une puissance en étant endettée. Comment faire de la politique sans en avoir les moyens ? Les dirigeants européens ont, à ce titre, commis une faute politique lors de la mise en place de l’euro en ne dotant pas l’UE des moyens de faire respecter les exigences budgétaires d’un tel projet.
L’Europe : notre projet d’avenir
L’Europe est notre avenir. Peu nombreux sont ceux qui remettent ceci en cause. Mais quelles sont en pratique les voies à suivre pour redonner du souffle au projet européen et « créer » de véritables Européens de demain ?
L’Europe : une question de bon sens
Il n’est plus possible pour des Etats d’avoir un poids sur la scène international en se repliant sur soi-même. Seule l’Europe, agissant collectivement, a vocation à jouer un rôle mondial. Il appartient aux responsables politiques de prendre cette exigence comme une donnée de fait. Nous avons les moyens pour peser dans les affaires internationales, saisissons cette chance.
Afin de créer une adhésion populaire, les individus doivent comprendre l’Europe. Ainsi, l’éducation civique a un rôle crucial à jouer dans la construction européenne, en donnant à chacun les connaissances de base nécessaires pour comprendre l’Europe. La responsabilité dans ce domaine ne repose pas uniquement sur l’école mais également sur les responsables politiques nationaux et sur les médias. Il importe que ces vecteurs d’opinion prennent leurs responsabilités afin d’expliquer le projet européen et créer cette adhésion populaire.
Mobiliser les acteurs clés : fer de lance du progrès
Il faut donner au Parlement européen sa pleine dimension de représentant politique des peuples européens dans la construction européenne. Pour cela, il convient de mettre fin au scrutin de liste aux élections du Parlement européen, identifier un élu par territoire et organiser les élections le même jour dans tous les Etats membres.
Le projet européen a besoin d’être incarné pour représenter quelque chose de concret aux yeux de citoyens. L’Europe a besoin de personnalités européennes et de véritables partis politiques européens et non de fédérations de partis nationaux.
Les élites nationales doivent assumer leur responsabilité dans la construction européenne. Sans les Etats, personne ne peut disposer de la légitimité politique nécessaire pour faire avancer le projet européen. Il est impossible de construire une Europe des peuples uniquement à partir de Bruxelles.
Les institutions devraient utiliser d’avantage les marges que leur laissent les traités. Certes, le pilotage à 27 d’un projet collectif aussi ambitieux que l’UE est compliqué, mais les institutions européennes ont les moyens juridiques de rendre ce pilotage plus aisé et moins soumis à des compromis. A ce titre, une coopération plus étroite entre le Parlement européen et la Commission pourrait permettre de défendre la méthode communautaire contre les tentatives de renationalisation des Etats.
Le besoin d’un projet européen concret tourné vers l’avenir
L’Europe a beaucoup d’atouts mais pas de projet concret et identifié qui pourrait mobiliser les Etats et les populations. L’Europe doit faire rêver. Les peuples ont besoin de voir des avancées réelles et des apports concrets, au quotidien. L’Europe a besoin d’un projet et d’un idéal à proposer aux populations. Sans cela, l’UE se résumerait à une Europe de gestion, morne et sans dynamique. Nous avons besoin d’une plateforme de propositions concrètes et pragmatiques afin de redonner du souffle au projet européen.
Mariliis METS
rapporteur du Club Architecte
rapporteur du Club Architecte
Prix TTC, dont 4 € de frais de port : 10.00 €
Pièce jointe :publication_171_Note-d-etonnement-Club-Architecte.pdf
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